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Endormi depuis 1952 en Algérie : le titan de fer de Gâra Djebilet se réveille

Endormi depuis 1952 en Algérie : le titan de fer de Gâra Djebilet se réveille

Un fer à prix compétitif par la géographie et décarboné avec le gaz : deux atouts de Gâra Djebilet.

mercredi 4 février 2026, par N.E. Tatem

Après plus sept décennies de sommeil, le géant de fer algérien s’éveille enfin au cœur du Sahara. Entre héritage historique et ambitions de décarbonation, le lancement de la mine de Gâra Djebilet marque l’entrée fracassante de l’Algérie dans le club fermé des puissances minières mondiales. Des sables de Tindouf aux aciéries de demain, décryptage d’un projet titanesque à 10 milliards de dollars qui promet de redessiner l’avenir économique du pays.

C’est un céraste de fer qui émerge enfin des tréfonds du sous-sol et à travers la Hamada de Tindouf. Cette semaine, le premier convoi ferroviaire chargé de plus de 1 000 tonnes de minerai a marqué le coup d’envoi officiel de l’exploitation de Gâra Djebilet. Pour l’Algérie, ce n’est pas seulement l’ouverture d’une mine, c’est l’aboutissement d’une quête industrielle de plus de 70 ans.

Les industries extractives en Algérie, un crime écologique à ciel ouvert.

  • Un nom gravé dans la pierre : l’étymologie du désert dans « Gâra Djebilet »

Pour comprendre l’importance du site, il faut se pencher sur son nom. En langue arabe saharienne, une « Gâra » désigne une colline isolée dont le sommet est plat. Elle sert à l’escale protectrice pour les caravanes, telle une silhouette paisible élevée des vents de sable. Quant à « Djebilet », le diminutif pluriel de Djebel, signifie « les petites montagnes » qui jalonnent cette région mythique pour les « hartanis » transférés aux Amériques du nord et du sud, via les côtes ouest d’Afrique, par l’esclavage européen qui devint occidental.

Dans les spécificités des mines à ciel ouvert, Gâra Djebilet, est donc « la colline des petites montagnes ». Géologiquement, ce nom est prophétique, pour ne dire divin tel que le propose le premier-ministre algérien emporté au fanatisme obscurantiste. Le minerai ne se cache pas, il forme lui-même ces collines tabulaires. Il suffit littéralement de "récolter" la montagne pour extraire la richesse superficielle et ancrée au sous-sol.

  • 1952-2026 : Soixante-quatorze ans d’attente

L’histoire moderne de la mine commence en 1952. C’est le géologue français Pierre Gevin qui, le premier, identifie l’ampleur phénoménale du gisement lors de missions de reconnaissance coloniales. Dès cette époque, le constat est vertigineux : des milliards de tonnes de fer dorment ici.

Cependant, deux obstacles majeurs ont maintenu ce géant en sommeil pendant sept décennies :

  • - L’isolement géographique : Situé à plus de 1 600 km d’Alger et 950 km des côtes, le site exigeait une infrastructure ferroviaire titanesque.
  • - La complexité chimique : La forte teneur en phosphore du minerai rendait son affinage difficile pour les hauts-fourneaux du XXe siècle.

Aujourd’hui, avec l’inauguration de la ligne de chemin de fer de 950 km et l’appui technologique du géant chinois Sinosteel, ces barrières sont tombées.

L’Algérie cède aux associés étrangers 80% de l’exploitation minière.

Alors que l’Algérie cherche à s’affranchir de sa dépendance historique aux hydrocarbures pour éponger un déficit budgétaire projeté à 40 milliards de dollars, le démarrage effectif de la mine de Gâra Djebilet marque un tournant industriel sans précédent. Avec 3,6 milliards de tonnes de réserves, ce projet n’est plus seulement une promesse minière, mais le pivot d’une nouvelle stratégie nationale de souveraineté industrielle. Les métaux étant encore des matières premières incontournables...

  • L’équation de l’Acier Vert : Le pari de la décarbonation

Dans un contexte mondial où l’industrie lourde doit réduire son empreinte carbone, l’Algérie joue une carte maîtresse. Le pays ne se contente pas d’exporter de la roche brute ; il mise sur la transformation locale, du minerai qui serait sous la logique de modique valeur s’il est vendu brut.

Grâce à ses réserves de gaz naturel, l’Algérie peut utiliser la technologie de la Réduction Directe du Fer (DRI). Contrairement aux méthodes polluantes au charbon, la réaction chimique utilise ici le gaz (et demain l’hydrogène vert) pour extraire le fer. En remplaçant progressivement le monoxyde de carbone par de l’hydrogène, l’Algérie pourrait produire l’un des aciers les plus propres au monde, devançant les standards australiens et rivalisant avec l’excellence suédoise.

  • Un levier économique contre le déficit

Avec un investissement global prévu entre 7 et 10 milliards de dollars, Gâra Djebilet doit générer plus de 15 000 emplois. Le rail de transfert en est l’exemple de travail permanent. Pour l’État algérien, l’enjeu est vital : diversifier les revenus, pour compenser un déficit budgétaire qui frôle les 40 milliards de dollars en 2026. La mine vise une production de 50 millions de tonnes par an d’ici 15 ans, plaçant le pays dans le top 10 mondial des producteurs de fer.

Tableau Comparatif : Algérie vs Australie vs Suède PRODUCTION DE FER
Caractéristique Algérie (Gâra Djebilet) Australie (Pilbara - DSO) Suède (LKAB - Magnétite)
Teneur en Fer (Fe) 57% à 63% (Élevé) 61% à 62% (Standard) 67% à 68% (Premium)
Impuretés Clés Phosphore élevé (0.8%) Alumine/Silice modérées Très faibles impuretés
Type de Minerai Oolithique (Hématite/Goethite) Hématite (DSO) Magnétite (Boulettes)
Logistique Ferroviaire (950km) + Méditerranée Courte distance Rail + Capesize Ferroviaire + Arctique/Baltique
Empreinte Carbone Faible (Gaz Naturel / DRI) Élevée (Haut-fourneau/Charbon) Très Faible (Hydrogène/Fossil-free)

Mots clés : Algérie, Gâra Djebilet, minerai de fer, Pierre Gevin, Tindouf, industrie minière, acier vert, DRI, économie algérienne 2026, Sinosteel.

Nous organisons des sondages et enquêtes. Vous êtes invités à vous inscrire à nos panels. Merci si vous participez.


Voir en ligne : Mine, minerais, fer, gisements et impact carbone

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